ASSOCIATION SAUVER L'IMZAD

Les 4 dernières joueuses d’imzad

L’imzad est une vièle monocorde, qui nous vient de la nuit des temps. Plus qu’un instrument, l’imzad est un symbole du pouvoir, suggérant une musique particulière vouée à un ordre social, à une organisation de l’espace et du temps.

« L’imzad est aux Touareg, ce que l’âme est au corps », m’avait dit Hadj Moussa Akhamok en me remettant un imzad en 2003.

Avec l’évolution de la vie moderne, l’imzad et toute la culture qui gravite autour est en train de mourir. Il ne reste plus que quelques vieilles femmes qui savent en jouer, elles rêvent de transmettre leur savoir pour laisser en héritage au monde entier, ce patrimoine culturel ancestral.

L’Aménokhal Hadj Moussa Akhamok est mort le 28 décembre 2005, nous laissant la charge de relever le défi de « Sauver l’Imzad »… L’Imzad est un symbole, le symbole de toute une identité culturelle qui risque de disparaître à jamais.

Effectivement, en 2003, il y avait 7 joueuses d’imzad. Aujourd’hui il n’en reste plus que quatre dont une grabataire. Elle est presque centenaire et n’a plus que la force de nous chuchoter un cri qui sort de ses tripes « n’oubliez pas l’imzad ! »

Cet instrument à une seule corde est le symbole de toute une histoire !

Dassine la poétesse touarègue disait :

« Préfère à toute voix, préfère avec moi la voix de l’imzad, Le violon qui sait chanter,
et ne soit pas étonné qu’il n’ait qu’une corde, As-tu plus d’un cœur pour aimer ?
Mon imzad à moi est tout l’espace qui vous appelle »

 

Il est à se demander de quel espace veut-elle parler ? Et quel rapport avec l’imzad ?
Pourquoi les Touareg attachent-ils tant d’importance à cet instrument ?
Pourquoi faut-il se taire, ne pas boire ni manger quand on joue de l’imzad ?

Les Touaregs de l’Ahaggar ont été parmi les premiers, avec les Kel-Ajjer, à faire barrage aux projets de commerce transsahariens des puissances coloniales à la fin du XIXe siècle. Pour se désigner eux-mêmes, ces pasteurs nomades du Sahara central, comme tous les Berbères, utilisent le terme Amaher / Imûhar, aux variantes dialectales multiples : Amajer, Amacer, Amazir… On les appelle « les amazighens » qui veut dire les fils du vent, les hommes libres.

Ce faisant, ils s’affirmaient en offrant une certaine image « chevaleresque » du Sahara, guerriers farouches et fiers, chantant la guerre et l’amour auprès des joueuses d’imzad, s’abîmant dans la passion pour les yeux de gazelle et les tempes bleuies d’indigo des bien- aimées : « Les jeunes gens des monts de l’Ahaggar sont solides, C’est en poussant le cri “tiî-î” qu’ils attaquent l’ennemi. Ils boivent dans leur tente le son du violon. » (Foucauld, Poésies, no 79).

 

L’imzad raconte une histoire, la femme joue de cet instrument, l’homme chante ses exploits, son amour … Une poésie de vie sans fin, voila pourquoi nous nous devons de sauver l’imzad et si nous laissons mourir ces vieilles femmes ce n’est pas leur cœur qui va s’arrêter de battre mais c’est un pan d’une culture de l’humanité qui s’éteindra à jamais.

Autrefois…

Autrefois, une femme sur deux savait jouer de l’imzad. Aujourd’hui, seules six femmes déclarent maîtriser cet art ! Ces femmes âgées ont été recensées sur l’ensemble du Hoggar et du Tassili des n’Ajjer. La probabilité d’en découvrir de nouvelles est faible.
Ce drame revêt une dimension humanitaire car, en fait, il aboutit à la disparition culturelle d’un patrimoine universel.
Et c’est grâce à la vaillance de ces femmes que la culture targuie continue d’exister. Ce projet a été mis en forme pour redonner vie et longévité à cette culture transmise par la femme certes, mais implicitement pour revaloriser cette femme au sein de son groupe ethnique et de sa propre culture en lui conférant le rôle réel qui est le sien.
L’Association « Sauver l’imzad » qui rassemble plusieurs bénévoles dont la majorité sont originaires du Hoggar a été créée le 27 octobre 2003 par décision du Wali de Tamanrasset.
Son lancement s’est effectué avec la volonté de plusieurs personnalités locales dont le Chef spirituel des Touareg du Hoggar, l’Amenokal Hadj Moussa Akhamok et plusieurs artistes de la région.
Elle agit dans un but non lucratif et sans apports publics, comme levier de soutien pour atteindre des objectifs à caractères humanitaire, culturel et social.
L’objectif primordial de l’Association est de participer à la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel du Hoggar en militant pour la préservation de l’authenticité de l’imzad en tant qu’expression culturelle et identitaire.
Nous oeuvrons à encourager le développement durable, au plan culturel, social et économique, au profit des populations targuies.
La lutte contre la pauvreté et la déshérence fait aussi partie de nos préoccupations.
Notre conviction est que la garantie de ce processus de longue haleine passe par :

  • la valorisation de la culture vive des Touareg
  • la formation des jeunes générations
  • l’organisation de débats, d’échanges, de rencontres avec ceux qui travaillent à un tel objectif, en Algérie comme partout ailleurs dans le monde.

Il est évident pour les membres de l’association que s’impliquer et travailler en équipe, dans une logique de développement durable, implique une déontologie individuelle et collective. Elle est fondée sur les principes de transparence et de prise de décision collégiale avec les populations targuies.